Politicide
Avez-vous entendu parler de politicide ?
Ce terme anglais, désigne en science politique, selon wikipedia, « la destruction intentionnelle d'une entité politique particulière » . On dit aussi policide , au sens de destruction d'une entité qui n'est pas assimilable à un génocide ou à un ethnocide. L'origine du terme est attribuée à Abba Eban, ministre des Affaires étrangères d'Israël en 1967, auquel j'ai consacré quelques lignes et même un encadré d’une page (18d, p. 71) dans mon livre.
Ceux qui ont lu celui-ci ont dû remarquer ma réticence à qualifier le crime en cours en Palestine de génocide tout en soulignant le consensus de plus en plus large des analystes sur cette qualification, au fur et à mesure que le nombre des victimes a Gaza grandissait à un rythme hallucinant. Consensus qui m'a conduit par admette que « Oui Israël est en train de commettre un génocide à Gaza. Nonobstant le fait que cette reconnaissance implique de reconnaitre aussi que les mouvements de résistance, dont le Hamas, qui clament leur volonté « d’effacer Israël de la carte » par le feu et par le sang ont des intentions génocidaires".
Je reviens ici sur la question de savoir si la volonté de la Résistance palestinienne « d'effacer Israël de la carte » est une réalité ou une fiction inventée par la propagande sioniste. Le projet de faire disparaître les juifs, sinon de la planète, du moins de la Palestine, a-t-il jamais figuré au programme de l’organisation de la Résistance Palestinienne (OLP) ? Comme les Nazis avaient planifié de le faire en Allemagne d'abord et partout dans les territoires conquis lors de la seconde guerre mondiale en raison de leur judéité.
Pour répondre à cette question, il faut interroger l'histoire.
Dans la charte nationale de l'OLP, organisation fondée par la Ligue Arabe, alors sous la houlette du président Égyptien Nasser, on peut lire, au sujet d'Israël :
- La libération de la Palestine est un devoir qui vise à repousser l’invasion sioniste, le colonialisme sioniste et la purification du pays du sionisme (article 15).
- L'établissement de l'état d’Israël est illégal (art 19)
- L’OLP ne reconnaît aucune base légitime à l'existence d’Israël (art. 20).
Ceci dit, la charte de 1968, en réclamant la totalité de la Palestine pour les Palestiniens, implique nécessairement la disparition de l’état d’Israël. Mais quid des Juifs ? Elle prévoit que ceux établis en Palestine avant l'apparition du sionisme politique, dont on peut situer la naissance à la déclaration de T. Hertz devant le congrès de Basel (Suusse) en 1897, seront autorisés à y rester en tant que citoyens a part entière.
Cette mise au point sur l'absence de preuve d'intention génocidaire, côté palestinien (au moins jusqu'au 7 octobre 2023) ne dispense pas de la nécessité de penser autrement, qu'en termes de génocides réciproques, le conflit israélo palestinien.
En fait, il me semble que ce que cherchent à éradiquer les israéliens en Palestine c'est plus une idéologie, le nationalisme palestinien, que les Palestiniens eux-mêmes. Les israéliens se sont livrés au nettoyage ethnique des palestiniens en 1948 et continuent de le faire en Cisjordanie de nos jours. A l'initiative de Trump, ils envisagent de déporter 2 millions de Gazaouis dans les pays arabes voisins. Non pas parce qu'ils sont palestiniens, arabes ou musulmans mais pour s'emparer de leurs terres.
Et de leur côté les résistants palestiniens cherchent à éradiquer une autre idéologie: le sionisme qui est une entreprise coloniale d'accaparement de ressources et non les Juifs. Au delà du slogan de la « purification du pays du sionisme » inscrit dans la charte de l'OLP, les Palestiniens ne cherchent qu' à récupérer les terres dont ils ont été chassés. Et, comme je le souligne dans la « chronologie des événements » du livre, palestiniens et pèlerins juifs (installés en Palestine à partir de 1880) ont vécu en bonne entente jusqu'au moment où les Palestiniens ont pris conscience des visées coloniales des Juifs venus s'installer après la déclaration Balfour et la mise sous mandat britannique de leur contrée.
L’adoption du concept de politicide (ou policide) au lieu et place de génocide serait un premier pas vers l'ouverture du nécessaire dialogue entre Palestiniens et Israéliens.
